Érysipèle (DHB)

Érysipèle (DHB)

23 juillet 2017 Non Par Médecine d'urgence

DÉFINITION de l’ érysipèle

L’ érysipèle est une Dermo Hypodermite Bacterienne non nécrosante (DHB) bactérienne aiguë, due aux streptocoques β hémolytiques (groupe A+++, B, C ou G)
C’est le premier diagnostic à évoquer devant un tableau de « grosse jambe rouge aiguë » au vu de la fréquence de la maladie.
Rôle néfaste de l’utilisation d’ibuprofène et AINS dans la survenue ou l’aggravation.

CRITÈRES DIAGNOSTIQUES

Terrain

Ce tableau s’observe habituellement chez un adulte après 40 ans, avec un pic de fréquence aux alentours de 60 ans. L’atteinte des membres inférieurs est favorisée par l’insuffisance veineuse chronique et/ou lymphatique, mais il existe des formes au niveau des membres supérieurs (lymphoedème post chirurgie ganglionnaire axillaire).

Facteurs favorisants

  •  locaux : lymphoedème, porte d’entrée intertrigo inter-orteil, ulcère variqueux de jambe.
  •  généraux : obésité (diabète et éthylisme chronique n’ont pas été démontrés comme facteurs de risque

Cliniques

Signes généraux inconstants

  • fièvre
  • frissons
  • malaise
  • syndrome pseudo grippal

Signes locaux

  • Plaque érythémateuse de survenue brutale, chaude, œdémateuse, sans nécrose, circonscrite,  et hyperalgique à la palpation.
  • Bordures du placard rouge surélevées et localisées (marquer pour suivre évolution)
  • associé ou non à des adénopathies satellites (46%), une lymphangite (26%).

Recherche d’une porte d’entrée

  • intertrigo des orteils (60%), ulcère de jambe, plaies, piqûre d’insecte, traumatisme avec effraction cutanée passée inaperçue.

Biologiques

Aucun examen biologique ni bactériologique n’est nécessaire pour affirmer le diagnostic. Les hémocultures ne sont pas utiles (positives dans moins de 5% des cas).

TRAITEMENTS

L’hospitalisation en cas de signes de gravité doit être discutée, signes généraux importants, doute diagnostic, nécessité d’une surveillance rapprochée ou traitement intraveineux.

Secondairement si pas d’amélioration en 72 H, aggravation des signe locaux, décompensation d’une maladie associée.

Germes

Dans 90% des cas : streptocoque (bêta hémolytique de groupe A (environ 65%), G (environ 20%)

Dans 10% des cas : Staphylococcus aureus, bacilles gram négatif comme entérobactéries et Pseudomonas aeruginosa

Antibiothérapies

1ère intention : amoxicilline per os 50 mg/kg/j en 3 prises pendant 15 jours.

2ème intention : si voie IV possible et absence d’allergie : pénicilline G 10 à 20 millions d’unités en 4 à 6 perfusions /j jusqu’à l’apyrexie et l’amélioration des signes locaux avec relais per os (pénicilline V, 3 à 6 millions d’unités /j) – Durée totale de 15 jours.

Si allergies : pristinamycine per os 50 mg/kg/j en 2 ou 3 prises, maximum 4 g/j ou clindamycine per os : 1,8 g/j en 2 ou 3 prises – Durée du traitement : 15 jours.

Evolution

L’évolution d’un érysipèle est satisfaisante dans 80% des cas sous traitement antibiotique. Elle est marquée par une décroissance thermique en 48 à 72 heures ; l’amélioration des signes cutanés est plus longue, de l’ordre d’une semaine. Dans le cas contraire évoquer un autre agent infectieux (entérobactéries, Pseudomonas …) et l’antibiothérapie doit être adaptée.

Le membre atteint par l’érysipèle fait rarement l’objet de phlébite du fait de l’inflammation responsable d’un hyper débit pour le retour veineux. La phlébite est possible du côté controlatérale du fait du syndrome inflammatoire et de l’immobilisation.

Traitement préventif

Primaire et secondaire

traitement de la porte d’entrée (intertrigo inter-orteil, ulcère de jambe), amélioration des troubles circulatoires (port de bas de contention, drainage lymphatique…) hygiène cutanée soigneuse.

Tertiaire

En cas de plusieurs récidives ou lorsque les facteurs favorisants sont incontrôlables, une antibiothérapie préventive à base de pénicilline est possible (Extencilline ®(benzathine-pénicilline) 2.4 millions d’unités IM toutes les 2 à 3 semaines ou pénicilline V 2 à 4 millions d’unités par jour en deux prises orales).

COMPLICATIONS de l’ érysipèle

  • Récidive : 20% des cas, survenant surtout chez des patients avec un terrain d’insuffisance veineuse et/ou lymphatique chronique, et souvent avec la ré-apparition ou la persistance de la porte d’entrée.
  • Locales : 5 à 10% des cas, survenant surtout chez des patients ayant des co-morbidités ou en cas d’immunodépression : abcès localisés superficiels ou profonds.
  • Systémiques : rares < 5% des cas, septicémies à streptocoque, glomérulonéphrites post streptococciques voire érythème noueux.

 

Réf : Erysipèle et fasciite nécrosante : prise en charge : Conférence de consensus organisée par la Société Française de Dermatologie et la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française, janvier 2000. J.M. BONNETBLANC, P.BERNARD, A.DUPU – Grosse jambe rouge aiguë, Ann Dermatol Venereol 2002 ; 192 : 2 p 170-175
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